En bon journaliste, CrAad¤S KrAaShTÜp avait une technique très adroite pour tirer les vers du nez : Il lançait le sujet sur lequel portait sa curiosité feignant le détachement. Evidemment, rien de professionnel ne l’intéressait mais surtout les histoires de fesses levées au hasard des bistrots qu’il fréquentait ou bien lors des confidences faites à dessein par des « lanceurs de rumeurs. » Très souvent des types avec qui j’avais pu m’accrocher au hasard de la vie et qui ne manquait pas de se confier à KrAasHtÜp. Le décorateur, le camelot, le serveur…
Par exemple J’étais passé régler un petit contentieux avec ce pharmacien, mari de ma cousine. Rien de grave, il avait juste participé à une petite séance de provocation dans un café avec un copain à lui, un soir plus tôt. M'apercevant de loin, ils vinrent encadrer ma fiancée de part et d'autre une seconde puis décampèrent avant que je puisse comprendre la situation.
J’en avais profité pour acheter des Efferalgans. Le surlendemain je lis le billet quotidien rédigé par KrAasHtÜP. Il s’intitulait, « tant qu’on a la santé », et parlait d’un tube d’Efferalgan, que: « tu devras allé acheter en ville si tu as mal à la tête ». Il est clair qu’il a toujours utilisé le journal pour régler ses comptes personnels en même temps que d’avoir l’air de tout savoir très vite. Je guettais depuis quelques temps les résonnances de ses articles faisant allusion à notre affaire. Cette fois la simultanéité et la précision des évènements ne laissaient aucun doute. On l’avait renseigné. Je restais dès lors perplexe et admiratif quant à la méthode utilisée. Mais qui donc avait pu le renseigner aussi rapidemment ? La réponse me vînt plus tard lors d’une conversation que j’ai enregistrée et que j’ai retranscrite littéralement.
A noter qu’à cette époque, il avait déjà déclenché ses rumeurs et les tensions entre nous étaient réelles. Si bien que se parlant peu, nous ne parlions jamais pour ne rien dire.
(Nous sommes en voiture de retour d'un sujet.)
CK- Le pharmacien de la rue xxxx où je vais là, tu connais ?
Avant il avait des horaires…il était fermé tous les Dimanches et le Lundi.
Il ouvrait le matin vers heu…
-MOI Qui ça ?
-CK Le pharmacien de la rue xxxx..
-MOI C’est heu.. la pharmacie centrale là ?
-CK Euh non, comment ça s’appelle, pas boulevard René Levasseur là, pas euh.. tu sais rue de xxxxx, là, en face euh.. chez xxxxx
- Ouais !( Nous y voilà)
-CK Et ben ils ont vendu, ils ont vendu y’a un nouveau couple qui s’est installé.
- Ouais !
-CK Alors maintenant c’est ouvert 6 jours sur 7. Ca ouvre le matin à 8 heures et ça ferme le soir à 20 heures mais ils ont embauché 2 personnes.
- Ah ouais ? Ouais, remarque, oui. Cela dit maintenant que ce soit accessible le plus souvent possible c’est très bien quoi – ouais – mais ils ouvrent quand même pas 7 jours sur 7 ? 6 jours sur 7 pour un commerce c’est plutôt le rythme qu’on a connu en général.
-CK Mais ils ont embauché 2 personnes c'est-à-dire qu’en fait ils font.. y’a des roulements donc euh..
- Ben ouais !
-CK Voilà y trouvent ça très bien !
- Ouais c’est bien .
LONG SILENCE
( Il attend les effets du lièvre qu’il a levé et je me demande pourquoi il me parle de cette pharmacie, précisément.)
-MOI Comment tu l’sais ça ?
-CK Commeeeent ? (feignant le détachement).
- Comment tu l’sais ça qu’y ont ouverts ?
-CK Mais parce que.. parce que c’est là que je vais régulièrement, tu sais, mon père comme il est vieux est grand consommateur de médicament, de renouvellement de médicament, de couche, de machins euh.. et donc il a.. j’leur ai donné, enfin y’a quelques années de ça maintenant euh.. la carte vitale de mes parents, ils ont tout enregistré à chaque fois qu’il y a une nouvelle ordonnance au médecin, j’leur apporte la photocopie ils ont un dossier- ouais- maintenant j’paye plus rien du tout, ils savent tout ce qu’il faut faire. J’arrive le matin enfin quand j’arrive au journal, j’leur donne la commande et je repasse le soir en sortant tout est près et donc j’y vais assez souvent.
- D’accord ! ( Je viens de comprendre qui l'a renseigné.)- Euh.. tu montes ou.. ? Je fais la photocopie et on redescend ? Et ben heu..gare-toi comme ça on va prendre…
SILENCE (Je cherche une place pour me garer.)
-MOI Tu dois connaître sa belle-mère –à qui ?- au patron de la pharmacie justement ?
-CK Sa belle-mère ?
- Ouais ? Tu connais pas sa belle-mère ?
-CK Ah euh.. non.
- Tu connais pas sa belle-mère !?
-CK C’est qui sa belle-mère ?
- Ben c’est quelqu’un qui bosse à la concurrence avec qui t’as dû bosser à une époque.
-CK Comment elle s’appelle ?
- Ca te dis rien ?
-CK Non, de la pharmacie là ?
- Eh bien c’est l’homologue de Mamie à la concurrence.
-CK L’homologue de Mamie c’est…Voyons…. xxxx ?!
- Voilà !
-CK Ah mais j’ignorais complètement que c’était sa belle mère, c’est la belle-mère du fils xxxx ?
Ah ben tu le connais alors ?
CK Bah oui de toute façon son son nom est marqué sur la vitrine. C'est la mère de la petite brunette là?
- Ah non c’est une grande blonde !
-CK Ah ben moi celle que je connais c’est une petite brunette.
- Alors c’est pas sa femme, sa femme c’est une grande blonde.
-CK Ah oui mais sa mère elle travaille plus là bas ça fait … un an !
SILENCE
CK sent que sa manœuvre est découverte semble pris dans un grand tourment. Il marque le coup ! troublé, pensif, après un long silence il fait : » Boff de toute façon y’a Chris ! » (Chris Von Brutus, son ami du conseil général.)